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Télévision, quels dangers pour les enfants ?

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Dessins-d'enfants

Dessins faits par des enfants de 5-6 ans, scolarisés depuis l’âge de 3 ans.

Interview (extraits) de Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés » (Le Monde – nov. 2009).

  • Quelles sont les conséquences physiologiques d’une exposition d’un enfant de moins de trois ans devant la télé ?

Serge Tisseron : Aujourd’hui, les conséquences physiologiques d’une consommation de télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne sont pas mesurées. En revanche, plusieurs études américaines montrent que la télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement et même peut le ralentir.

  • Choisir d’interdire est-ce partir sur de bonnes bases ?

Serge Tisseron : Il faut bien distinguer ce qui se passe avant 3 ans et ce qui se passe après 3 ans. Avant 3 ans, les seules interactions dont l’enfant profite sont les interactions en vis-à-vis avec un autre humain ou avec les jouets qu’il manipule. La télévision n’apporte rien à l’enfant parce qu’elle n’est jamais interactive. En revanche, après 3 ans, le problème est plus de cadrer la durée d’écran à une heure ou une heure et demie par jour ; d’inviter l’enfant à choisir les programmes qu’il a vraiment envie de voir ; et l’inviter à parler de ce qu’il voit pour créer des interactions autour de ce qu’il a regardé.

  • Quelle durée d’exposition préconisez-vous à partir de trois ans ? Est-ce différent selon les âges ?

Serge Tisseron : Entre 3 et 5 ans, un enfant ne bénéficie pas d’une consommation d’écran au-delà d’une heure ou une heure et demie. Son attention ne peut pas être maintenue si longtemps. A partir de 6 ans, deux heures par jour sont bien suffisantes. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de temps d’écran qui doit prendre en compte le temps de télévision et le temps de console de jeux. Si un enfant a deux heures d’écran par jour, il peut regarder deux heures la télévision ou bien jouer deux heures aux jeux vidéo, mais il faut évidemment éviter qu’il ait quatre heures en tout. Il faut donc passer un contrat avec l’enfant qui précise son temps d’écran et lui laisser l’aménager comme il veut dans la journée et en fonction des supports. C’est une manière de l’inviter à choisir et à exercer sa liberté.

  • La télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement quand c’est à haute dose. Mais la regarder comme on fait une autre activité est-ce vraiment problématique ?

Serge Tisseron : Il existe deux types d’études sur les conséquences de la télévision chez le jeune enfant. Les premières montrent que l’enfant qui regarde la télévision développe plus lentement l’acquisition du langage ; et les secondes montrent qu’un bébé qui joue dans une pièce où un téléviseur est allumé a des périodes de jeu moins longues. Or, la durée des jeux spontanés d’un bébé est le meilleur indicateur de son développement futur. C’est pourquoi les chercheurs déconseillent même actuellement de faire jouer un bébé dans une pièce où un téléviseur est allumé.

  •  Quelle est l’alternative si on décide d’interdire l’enfant de moins de 3 ans de télé ?

Serge Tisseron : Demandez à votre grand-mère ! Un bébé de moins de 3 ans peut jouer tout seul en présence d’un adulte qui fait autre chose à condition que cet adulte prenne tous les jours un petit moment pour accompagner le jeu du bébé et le renforcer.

  • Le problème est-il le même si l’enfant regarde des dessins animés sur écran d’ordinateur ?

Serge Tisseron : Avant l’âge de 3 ans, il n’existe aucune différence dans les réactions d’un enfant quels que soient les programmes qu’on lui présente. A partir de 3 ans, l’enfant commence à repérer des petites séquences narratives dans les programmes qu’il regarde et il vaut donc mieux qu’il ait quelques DVD à sa disposition plutôt que de regarder la télévision. Il peut ainsi choisir le dessin animé qu’il a envie de regarder et, en le visionnant plusieurs fois, il peut comprendre petit à petit le scénario. Les parents peuvent également, si l’enfant regarde des DVD, parler plus facilement avec lui de ce qu’il regarde, puisqu’ils peuvent les regarder eux aussi.

  • Comment les bébés perçoivent-ils la télévision ? Peuvent-ils « comprendre » certains contenus ?

Serge Tisseron : Nous n’avons pas aujourd’hui une image précise de la façon dont les bébés voient les images, ni même le monde environnant. Il est certain, en revanche, que la plupart des objets représentés sur les écrans ne signifient rien pour eux. Il est clair aussi qu’ils ne perçoivent pas les enchaînements narratifs. Mais ils sont très sensibles aux variations de lumière, de couleurs et de plan : ils peuvent d’ailleurs être effrayés par un changement brutal de plan qu’un adulte ne remarque même pas. Lorsque l’on met un bébé devant un écran, on observe deux choses : tout d’abord ceux qui ne s’écartent pas pour faire autre chose sont fascinés et ils essaient de répéter les actions qu’ils voient accomplies sur l’écran. Mais ces deux attitudes correspondent à ce qui se passe quand un enfant est avec un adulte qui s’occupe de lui. Et la différence, c’est que là, l’imitation correspond à un apprentissage réel parce qu’elle est en situation. L’imitation par un bébé de ce qu’il voit sur l’écran est complètement coupée de sa vie réelle et ne peut que brouiller ses repères.

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La règle « 3-6-9-12 » selon Serge Tisseron

1. Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible
Parce que de nombreux travaux montrent que l’enfant de moins de trois ans ne gagne rien à la fréquentation des écrans.

2. Pas de console de jeu portable avant 6 ans 
Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention, et cela se fait évidemment aux dépens de ses autres activités. En outre, avant que l’enfant ne sache lire, les seuls jeux possibles sont sensori moteurs et basés sur la stéréotypie motrice.

3. Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège
L’accompagnement des parents sur Internet n’est pas seulement destiné à éviter que l’enfant y soit confronté à des images difficilement supportables. Il doit lui permettre d’intégrer trois règles essentielles : tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public, tout ce que l’on y met y restera éternellement, et tout ce que l’on y trouve est sujet à caution parce qu’il est impossible de savoir si c’est vrai ou si c’est faux.

4. Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence
Là encore, un accompagnement des parents est nécessaire. Il faut définir avec l’enfant des règles d’usage, convenir d’horaires prédéfinis de navigation, mettre en place un contrôle parental…

Si la règle « 3-6-9-12 » est nécessaire, elle n’est pas suffisante à elle seule. Cadrer le temps d’écran, et cela à tout âge, est essentiel. Entre 3 et 5 ans notamment, les enfants n’ont rien à gagner à passer plus d’une heure par jour devant un écran. Par ailleurs, ils doivent bénéficier d’une éducation qui leur permette de comprendre les conditions de production des divers médias et leurs modèles économiques. C’est le rôle de l’institution scolaire de les leur donner. Les écrans doivent être encadrés dès l’enfance et l’enfant éduqué aux médias. La règle « 3-6-9-12 » est une pièce majeure de ce dispositif, mais une pièce seulement.

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